1) Nombreux sont ceux qui, au cours
de l'Histoire, consacrèrent leur vie à la réforme
socio-religieuse de leurs peuples; nous en rencontrons à toutes
les époques et dans tous les pays. Dans l'Inde il y a ceux qui
ont reçu la révélation des Véda, et
il y a le grand Bouddha; la Chine a son Confucius; l'Iran a celui qui
lui transmit l'Avesta. La Babylonie a produit un des plus grands
réformateurs, Abraham (pour ne pas parler d'Enoch et de
Noé, ses ancêtres, dont nous n'avons que de maigres
souvenirs). Le peuple Juif peut à juste titre être fier
d'une longue série de réformateurs Moïse, Samuel,
David, Salomon, Jésus... entre autres.
2) Deux points sont à noter :
en général, ces réformateurs se sont
réclamés d'une mission divine; et les Livres Saints, les
codes de conduite humaine qu'ils ont donnés à leurs
peuples, sont considérés comme des ouvrages
Inspirés, comme des révélations faites par Dieu
notre Seigneur. En second lieu des guerres fratricides, responsables de
massacres, de génocides, ont causé la destruction plus ou
moins complète de ces Messages divins. On ne connaît que
de nom le Livre d'Abraham. On sait la destruction à
plusieurs reprises, et la restauration partielle des Livres de Moise.
3) A en juger par les traces les
plus anciennes de l'homo sapiens, l'homme a toujours eu
conscience de l'existence d'un être suprême, Seigneur et
Créateur de tous. Les moyens ont pu varier, mais les hommes de
toutes les époques ont également essayé de
témoigner de leur obéissance à Dieu de leur
volonté d'accomplir leur devoir envers Lui. De même, on a
toujours admis la possibilité d'une communication directe avec
le Dieu omniprésent et invisible, pour un très petit
nombre d'hommes, esprits nobles et élevés; - qu'ils aient
été des incarnations de la divinité, ou seulement
chargés de la mission divine de guider leurs peuples selon les
messagers divins reçus par eux, dans l'inspiration ou la
révélation. Chaque system de la pensée
métaphysique. Chaque religion a ses termes, ses
interprétations. et il va de soi que certaines
interprétations et certaines explications tiennent mieux que
d'autres, devant la raison.
4) Nous sommes à la fin du
VIème siècle après la naissance de Jésus
Christ. A cette époque, il y a des religions qui en toute bonne
foi se déclarent réservées à certaines
races, à certains groupes d'hommes. laissant le reste de
l'humanité sans recours contre le mal qui le frappe. D'autres
religions se réclament, certes, d'universalité. mais
elles placent le salut de l'homme dans la renonciation au monde, ce qui
fait d'elles une sorte de religion des élites, accessibles
à un nombre d'hommes très restreint. Dans d'autres pays
enfin, l'incroyance, le matérialisme. l'absence de toute
religion. font que l'on ne pence qu'a ses plaisirs. sans tenir aucun
compte des droits d'autrui.
L'Arabie

5) Sur la carte de
l'hémisphère "majeur" (celui qui a plus de terre que de
mer, celui de l'ancien monde. Europe-Asie-Afrique, la péninsule
Arabique se trouve au centre. Immense continent désertique, elle
avait une population comprenant à la fois, des
sédentaires et des nomades, souvent membres des mêmes
tribus, conservant des liens de parenté, tout en ayant
différents modes de vie. Les moyens de subsistance y
étaient très médiocres, a cause de la place
occupée par le désert; le négoce était plus
important que l'agriculture ou l'industrie; on voyageait donc beaucoup,
on se rendait même hors de l'Arabie en Syrie, en Egypte, en
Abyssinie, en Iraq et dans l'inde.
6) On ne connaît pas grande
chose des Lihyânites de l'Arabie centrale, mais le Yémen
avait, à juste titre, été appelé "l'Arabie
Heureuse", après avoir connu les florissantes civilisations de
Saba et de Ma'în, avant même la fondation de la cité
de Rome, et capable plus tard d'arracher des provinces aux Byzantins et
aux Perses, le Yémen était alors déchiré
entre d'innombrables principautés, et subissait, d'autre part,
l'occupation sassanide. L'Est de la péninsule appartenait
également aux rois de Perse, mais le chaos politico-social
à Ctésiphon (Madâïn) ne pouvait que se
refléter dans toutes les provinces. Le Nord de l'Arabie, sous
les Byzantins, ne différait pas beaucoup des possessions
persanes. Le Centre de l'Arabie était resté à
l'abri de la démoralisante occupation étrangère.
7) Dans ce Centre, le triangle La
Mecque - Tâïf - Médine avait quelque chose de
providentiel: la Mecque, désertique, dépourvue de toute
agriculture, représentait physiquement l'Afrique et son Sahara
brûlant; à soixante-quinze kilomètres de là,
à peine, Tâïf représentait l'Europe et ses
gelées; le point Nord. Médine, n'était pas moins
fertile que les régions asiatiques les plus douces de la Syrie
ou autres. Si les climats ont une influence quelconque sur les
caractères humains, ce triangle au milieu de
l'hémisphère majeur, était plus
représentatif du globe tout entier, que n'importe quelle autre
région de la terre, une miniature du monde dans toute sa
diversité. Descendant d'Abraham (Babylonien) par Hager
(Egyptienne), Mohammed était un Mecquois et avait des oncles
maternels à la fois à Médine et à
Tâïf.
Religion

8) Du point de vue religieux,
l'Arabie était idolâtre; rares étaient ceux qui
avaient embrassé des religions telles que Christianisme,
Mazdéiisme, etc... Les Mecquois avait la notion d'un Dieu
unique, mais ils faisaient intercéder les idoles auprès
de Lui, et chose assez curieuse, ne croyaient ni à la
résurrection, ni à la vie de l'au-delà. Ils
avaient conservé le pélerinage de la Maison du Dieu
unique, "la Kaâba", institution remontant à leur
ancêtre Abraham, mais les deux mille ans qui les
séparaient d'Abraham avaient fait dégénérer
ce pélerinage en une foire commerciale, une idolâtrie
sordide sans la moindre influence sur le comportement individuel, tant
social que spirituel.
Société

9) Des trois points du triangle, la
Mecque, malgré sa pauvreté en ressources naturelles,
était la plus développée: elle seule constituait
une cité-état, dirigée par un conseil de dix chefs
héréditaires, avec division des pouvoirs (un ministre des
affaires étrangères un ministre gardien du temple, un
ministre des oracles, un autre gardien des offrandes au temple, un
autre pour déterminer le montant des dommages à payer
à l'occasion d'un préjudice, un autre gardien du
bâtiment du conseil municipal, ou parlement, qui approuvait les
décisions du conseil des ministres, d'autres pour les questions
militaires, telles que le drapeau, la direction de la cavalerie, etc).
Bons caravaniers, les Mecquois avaient su obtenir des empires voisins
(Iran, Byzance, Abyssînle, sans parler des tribus dont Ils
traversaient le territoire en transit) l'autorisation de se rendre dans
ces pays et de s'y occuper d'import-export. Ils fournissaient aussi des
escortes aux étrangers pour traverser les territoires des tribus
alliées de l'Arabie. Sans se servir beaucoup de la
rédaction par écrit, ils s'intéressaient
grandement aux arts et aux lettres: poésie, éloquence,
contes de veillées. La femme était en
général bien traitée: elle avait le droit de
posséder des biens à son propre compte, elle donnait son
consentement au mariage, elle pouvait, lors du mariage, contracter le
droit de divorce, elle se remariait après le divorce ou
après la mort de son époux, etc.; il y eut bien la
pratique d'enterrer vivantes les filles en bas âge, mais
c'était le fait de certaines classes, et les cas fûrent
plutôt rares.
La naissance du Prophète

10) C'est dans ce milieu que naquit
Mohamet (se prononce Mohammed) en l'an 569 Après
Jésus-Christ. Son père, Abdallah était mort
quelques semaines auparavant; c'est son grand père qui le pris
à sa charge. Selon les coutumes, la mère remit le
bébé à une nourrice bédouine, chez laquelle
il passa dans la désert plusieurs années. Les biographes
sont unanimes à signaler qu'il tétait à un seul
sain de sa nourrice, laissant l'autre à son frère de
lait. A peine fut-il rentré à la maison que sa
mère, Aminah, l'amena chez ses oncles maternels à
Médine, pour visiter le tombeau d'Abdallah, mais sur le chemin
du retour, elle rendit le dernier soupir. Peu de temps après, le
vieux grand-père décéda également. A
l'âge de huit ans, ayant déjà connu tant de
douleurs, il résida avec son oncle, Abou-Tâlib. Les
qualités de cour de celui-ci étaient limitées par
la charge d'une nombreuse famille et peu de ressources.
11) Le jeune Mohamet dut
aussitôt travailler pour gagner sa vie il faisait paître
les troupeaux de certains voisins. Dès l'âge de dix ans,
il accompagna son oncle en Syrie, lorsque celui-ci y mena une caravane.
On ne mentionne pas d'autres voyages d'Abou-Tâlib, mais
d'après certaines références, Il aurait tenu
boutique à la Mecque; il se peut que Mohammed ait aidé
son oncle à gérer ce commerce.
12) Mohammed avait 25 ans; son
honnêteté était connue par tous, Une riche veuve
mecquoise, Khadijah, lui confia alors ses marchandises pour les
vendrent en Syrie. Enchantée des profits extraordinaires
réalisés et séduite par les charmes personnels de
Mohammed, elle s'offrit à lui (elle était
âgée de 28 ans, ou, selon d'autres, de 40; les raisons
physiologico-gynécologiques inclinent en faveur du premier
chiffre, puisqu'elle a donné encore naissance à 7
enfants), et l'épousa pour avoir une heureuse vie conjugale. Par
la suite, on le voit quelquefois à la foire de Hubâchah
(au Yémen) et une fois dans le pays des Abdai-Qais (Bahrayn -
Oman) (comme nous le mentionne lbn Hanbal). Il y a tout lieu de croire
qu'il s'agît là de la grande foire de Dabâ,
où, d'après lbn al-Kalbîy, les marchands de la
Chine, de l'inde, du Sind, de la Perse, de l'Est et de l'Ouest, se
rendaient chaque année, par mer comme par terre. On parle
également d'un certain Mecquois, Sâïb, lequel
était, dans le commerce, associé de Mohamet; les deux
associés allaient, à tour de rôle, vendre les
marchandises à l'étranger. A ce propos, Sâîb
déclara : quand Mohammed revenait avec la caravane, il ne
rentrait pas chez lui avant de me rendre compte de mes affaires: et Si
c'était moi qui revenais à la Mecque, Il me demandait
uniquement des nouvelles de me santé. Un ordre de chevalerie.
13) Les commerçants
étrangers apportaient souvent leurs marchandises à vendre
à la Mecque. Un jour, un certain Yéménite (de la
tribu Zabîd) composa un poème satirique, contre les
Mecquois, parce que certains ne lui payaient pas le prix de ses ventes,
et qu'aucun des autres ne lui venait en aide. Zubair, oncle et chef de
la Tribu du Prophète, ressentit de vifs remords à cette
satire justifiée. En commun avec certains autres chefs de la
vile, on convoqua une réunion de volontaires pour établir
un ordre de chevalerie (appelé hilf alfudoul) en vue d'aider
tout opprimé dans La Mecque, qu'il soit citoyen ou
étranger à la ville Mohammed, jeune homme, y avait
adhéré avec enthousiasme, et il disait souvent plus tard:
" j'y ai participé, et je ne suis pas prêt de renoncer
à cet honneur, même pour tout un troupeau de chameaux; au
contraire, Si quelqu'un faisait appel à moi, même
aujourd'hui encore au nom de cet ordre, je courrais à son aide.
Prise de conscience
religieuse :
14) On ne sait pas grand chose sur
la pratique religieuse de Mohammed jusqu'à l'âge de 35
ans, sinon que, selon l'affirmation de ses biographes. il n'avait
jamais adoré les idoles. Rappelons qu'il y avait plusieurs
Mecquois qui agissaient de même, et qui s'étaient
révoltés contre le paganisme insensé, tout en
restant fidèles à la Kaabah, maison dédiée
par Abraham au Dieu Unique.
15) Vers l'an 605 après
Jésus-Christ, les rideaux qui couvraient l'extérieur du
Temple prirent feu; le bâtiment ainsi affaibli ne put
résister aux pluies torrentielles qui suivirent: tout fut
démoli. On reconstruisit bientôt le temple les citoyens y
contribuèrent, chacun selon ses moyens, prenant soin de
n'accepter que les sommes honnêtement gagnées. Tout le
monde y travailla comme maçon, y compris Mohammed, qui se blessa
les épaules en transportant des pierres. Pour marquer le
départ des processions rituelles autour de la Kaaba, le
bâtiment comportait la pierre noire. Quand on en vint à remettre on place cette pierre vénérée,
une grande discussion s'éleva parmi les citoyens qui en aurait
l'honneur? On était sur le point de tirer l'épée,
quand quelqu'un suggéra de remettre l'arbitrage à la
providence on convint que le premier qui surviendrait
déciderait. Tout à coup, Mohammed apparut, il venait
travailler là comme d'habitude. Il était connu sous le
surnom d'al-Amîn (l'honnête); on l'accepta comme arbitre
sans hésitation. Mohammed étendit sa houppelande sur le
sol, y plaça la pierre noire, appela les chefs de toutes les
tribus de la ville pour soulever la pierre par l'étoffe, et il
posa lui-même la pierre dans l'angle voulu. Tout le monde en fut
satisfait.
16) C'est dès ce moment que
nous trouvons chez Mohammed des méditations spirituelles. Comme
son grand-père, il commença à se retirer pendant
tout le mois de Ramadan dans une grotte de Jabal an-Nour (Montagne de lumière), la grotte s'appelant Ghar Hiraa (caverne de recherche); il y priait, il méditait, il partageait
ses maigres provisions avec ceux des voyageurs qui passaient par
là.
Révélation
:

17) Il avait quarante ans, et
c'était la cinquième année de ses retraites
annuelles. Vers la fin du mois, il reçut la visite d'un ange
(Gabriel). Il lui dit: Lis; Mohammed répond: je ne sais pas
lire, l'ange reprend: lis; Mohammed repond de la même sorte : je
ne sais pas lire, c'est au bout de la troisième fois que que
l'ange dit les premieres verset du Coran: {Lis au
nom de ton Seigneur qui a créé 2.Qui a créé
l'homme d'un caillot de sang. 3.Lis ! car ton Seigneur, le Très
Noble, 4.C'est Lui qui a enseigné par la plume [le calame], 5.Il
a enseigné à l'homme ce qu'il ne savait pas}
(Coran, 96: 1-5.) * L'ange lui annonça que Dieu l'avait choisi
comme Son messager et envoyé auprès des hommes; il lui
apprit les ablutions et la façon d'adorer Dieu, la
prière, et il lui communiqua le message divin que voici.
18) Emu, il rentra chez lui, et
raconta à sa femme ce qu'il venait d'éprouver; il exprima
ses craintes que ce ne fût là que quelque diablerie ou
quelque emprise de mauvais esprits. Elle le consola en disant qu'il
avait toujours été charitable et généreux,
aidant les pauvres, les orphelins, les veuves et tous ceux qui avaient
besoin d'aide, et que Dieu le protégerait donc contre tout mal.
19) Puis, trois années
passèrent, sans révélations nouvelles Ce dut
être, pour Mohammed, après le choc du début, un
certain calme, et puis un désir, une attente, une impatience
toujours croissante... Cependant, la nouvelle s'étant
ébruitée, les sceptiques mesquins se moquèrent de
lui, et se permirent d'amères plaisanteries, allant
jusqu'à le railler que Dieu l'avait abandonné.
20) Pendant ces trois ans
d'interruption et d'attente, le Prophète s'adonna de plus en
plus à la prière et aux pratiques spirituelles. Les
révélations reprirent alors: Dieu lui assura qu'il ne
l'avait point abandonné, mais qu'au contraire, c'était
lui qui l'avait guidé sur le droit chemin; Qu'il n'avait donc
qu'à se soucier des orphelins et des mendiants, et à
proclamer le bienfait divin (Coran ch. 93). C'était donner ordre
de prêcher. Une autre révélation l'appela à
dire aux hommes les menaces que faisaient peser sur eux leurs mauvaises
mours, à les exhorter à n'adorer que le Dieu unique, et
à abandonner tout ce qui irriterait Dieu (Coran ch. 74. Verset.
2-7). Puis, une autre révélation lui ordonna d'avertir
ses proches parents (Coran ch. 26 Verset 214) et ensuite {Proclame ouvertement ce qui t'est ordonné et
détourne-toi des associateurs (polythéistes) , Nous te
suffisons vis-à-vis de ceux qui se moquent} (Coran ch.15
verset:94-95).
Mission :
21) Il commença par
répandre son message secrètement parmi ses amis intimes,
puis parmi sa tribu, et ensuite publiquement dans la ville et ses
alentours. Son appel s'attaqua tout d'abord à l'idolâtrie,
au polythéisme et à l'athéisme: Il insista sur la
nécessité de croire en un Dieu Unique, et Transcendant,
à la Résurrection et au Jugement Dernier, et il Invita
à la charité, à la bienfaisance. Il prit soin que
les révélations reçues par lui fussent
consignées par écrit et apprises par cour, par ses
disciples, et ce travail de transcription continua toute sa vie,
puisque le Coran ne fut pas révélé tout à
la fois, mais fragmentairement, chaque révélation
répondant à une circonstance particulière.
22) Peu à peu, le nombre des
partisans s'accrut, et avec la dénonciation du paganisme,
l'opposition augmenta aussi de la part de ceux qui fermement
attachés à leurs croyances ancestrales. L'opposition
dégénéra peu à peu en persécution
physique, aussi bien contre le prophète, que contre ceux qui
était convertis à sa religion: On les mettait sur le
sable brûlant d'été, on les cautérisait, on
les enfermait avec des chaînes aux pieds; d'aucuns furent
tués, mais personne ne voulait renoncer à la foi,
après l'avoir connue. Désespérant des dirigeants
de la cité, le Prophète conseilla aux siens de quitter
leur ville natale et de se réfugier à l'étranger,
en Abyssinie "Où règne un roi juste, chez qui personne
n'est opprimé" Des dizaines de fidèles en
profitèrent, mais pas tous, il fallait s'attendre à un
accroissement de la persécution en raison de ces évasions.
23) Mohammed appela sa religion "islam", c'est à dire: Soumission à la volonté de
Dieu. Elle a deux traits distinctifs :
1°) elle établit un
équilibre harmonieux entre le temporel et le spirituel, entre le
corps et l'esprit; par-là, elle permet la parfaite jouissance
des biens créés par Dieu, tout en enjoignant à
tous, les devoirs envers Dieu: la prière, le jeûne, la
charité; ainsi l'islam se pose comme la religion des masses, et
non pas seulement comme une religion des élites;
2°) son appel est universel,
tous les croyants sont frères, tous sont égaux, sans
distinction de classe, race ou langue; la seule
supériorité possible est d'ordre individuel: elle est
basée sur la plus grande crainte de Dieu, sur la plus grande
piété.
Boycottage social
:
24) A la suite de
l'émigration d'un grand nombre de Musulmans mecquois en
Abyssinie, les chefs du paganisme envoyèrent un ultimatum aux
Banou-Hachim (les fils de Hachim), tribu du Prophète, leur
enjoignant de l'excommunier et de le livrer aux païens pour
être décapité. Tout le monde dans la tribu,
converti à l'islam ou non, rejeta cette exigence (toutefois Abou
Lahab, un des oncles du Prophète, fit détection, et
quitta la tribu pour participer à la persécution de sa
propre tribu de la part des païens). La cité décida
alors un boycottage complet de cette tribu: Personne ne devait parler
à ses membres, ni avoir des rapports commerciaux ou matrimoniaux
avec eux. Les tribus habitant aux alentours de la Mecque,
alliées des Mecquois, adhérèrent elles aussi
à ce boycottage total, causant une misère noire chez
leurs victimes innocentes, enfants, femmes, vieillards, sans
distinction. Certains moururent; mais personne ne voulut livrer le
Prophète à ses persécuteurs. Après trois
dures années, pendant lesquelles les victimes furent
obligées de consommer même les peaux hachées des
bêtes, quatre ou cinq non-Musulmans, plus humains que les autres,
et appartenant à des clans différents,
proclamèrent publiquement leur désaveu du boycottage
injuste. Au même moment, le pacte de boycottage, suspendu dans le
temple (la Kaabah) était trouvé, comme le Prophète
l'avait prédit, rongé par les termites, miraculeusement;
seuls les noms de Dieu et de Mohammed étaient
épargnés. L'interdiction fut levée; mais par suite
des privations, la femme et l'oncle Abou-Talib du Prophète
moururent peu de temps après. L'autre oncle, Abou-Lahab, ennemi
acharné de l'Islam, devint alors chef de la tribu dû
Prophète.
L'Ascension :
25) C'est à ce moment que le
Prophète eut son ascension (mi'raj) Il a été
reçu au ciel par Dieu, il visita les merveilles du monde
céleste, et rapporta à sa communauté, comme cadeau
divin, la prière Islamique, véritable communion entre
l'homme et Dieu. (Notons toute fois que les Musulmans évitent
d'employer, comme prêtant à équivoque, ce terme
chrétien " communion " qui implique " participation à la
divinité ", chose que l'Islam trouve prétentieuse, donc
inadmissible). Pour réaliser cette communion à la
présence Réelle de Dieu. le Musulman se sert dans la
dernière partie de l'Office, non pas d'objet matériels
comme dans d'autres religions, mais de cet échange de
salutations qui eut lieu entre Dieu et Mohammed lors de l'ascension
(mi'raj) du Prophète: "Salutation à Dieu, bénies
et pures La paix sur toi, ô Prophète, et la
miséricorde et les bénédiction de Dieu La paix sur
nous et sur ceux des serviteurs de Dieu qui se comportent proprement"
26) La nouvelle de cette rencontre
céleste ne put qu'accroître l'hostilité de la part
des païens, et le Prophète dut quitter sa ville pour
chercher asile ailleurs. Il se rendit à Tâïf, chez
ses parents, niais les païens de Tâïf le
chassèrent à coups de pierres, le blessèrent
même et le contraignirent à rentrer à la Mecque.
Emigration à
Médine
27) Le
pélerinage annuel de la Kaabah amenait à la Mecque des
Arabes de tous les points de la Péninsule. Mohammed chercha
alors à persuader, une tribu quelconque de lui donner asile chez
elle et de lui permettre sa mission de réforme. Les quinze
contingents de tribus, qu'il visita l'un après l'autre,
refusèrent tous, plus ou moins brutalement. Il ne
désespéra point; en dernier lieu, il rencontra une
demi-douzaine de Médinois. Voisins des Juifs et des
Chrétiens, ils avaient la notion des Prophètes et des
messages révélés: Ils savaient aussi, que ces
"peuples des livres divins" attendaient la venue d'un prophète,
d'un dernier consolateur, ils voulurent donc ne pas perdre l'occasion
de devancer les autres: ils ajoutèrent foi aussitôt
à Mohammed, lui promirent de chercher à Médine
d'autres adhérents et l'appui nécessaire. L'année
suivante une douzaine de Médinois lui prêtèrent
serment de fidélité et lui demandèrent un
missionnaire-enseignant. L'activité de ce dernier, Mus'ab,
réussit si bien, qu'il conduisit un contingent de soixante
treize nouveaux convertis à la Mecque, lors du pélerinage
suivant. Ceux-ci invitèrent le Prophète, ainsi que les
autres Musulmans mecquois, à immigrer en leur ville, promettant
de les protéger et de les traiter comme les membres de leurs
propres familles. Clandestinement et par petits groupes, la plus grande
partie des Musulmans émigra à Médine. Les
païens non seulement confisquèrent les biens laissés
par les émigrants, mais préparèrent un complot
pour assassiner le Prophète. Mohammed ne put plus rester chez
lui. Rappelons que malgré leur hostilité à Sa
mission, les païens avaient confiance en sa probité,
à tel point que beaucoup d'entre eux déposaient chez lui
leurs épargnes. Mohammed confia ces dépôts à
un de ses cousins Ali, pour qu'il les remette à leurs
propriétaires; puis il quitta clandestinement la ville, en
compagnie de son ami fidèle Abou-Bakr, et après maintes
aventures réussit à se rendre à Médine,
sain et sauf.
Nous sommes en l'an 622; c'est ici que commence l'ère de
l'Hégire.
Réorganisation de la
communauté :

28) Pour mieux intégrer les
immigrés, le Prophète les unit par une sorte de contrat
de fraternité, à un nombre égal de
Médinois, parmi les plus riches les familles des deux
frères contractuels travaillaient ensemble pour gagner leur vie,
et s'entre aidaient dans tous les domaines.
29) Il décida ensuite que le
développement total de l'homme serait mieux atteint, si l'on
coordonnait la religion et la politique, comme deux
éléments d'un seul tout. Il appela alors les
représentants des Musulmans, ainsi que ceux des non-musulmans de
la région: Arabes, Juifs, Chrétiens et autres, leur
suggéra la création d'une cité-état
à Médine. D'accord avec eux, il la dota d'une
constitution écrite, la première de ce genre, dans le
monde, où l'on définit les devoirs et les droits des
citoyens et du chef de l'état, et l'on choisit Mohammed,
à l'unanimité, comme tel; on abolit la coutume de la
justice privée, le soin en revenant dorénavant à
l'organisme central de la communauté des citoyens toute
entière: on précisa les principes de la défense et
de la politique étrangère, on établit un
système d'assurances sociales pour les responsabilités
trop lourdes: et l'on confia à Mohammed le dernier mot dans tous
les litiges: Il n'y avait pas de limites à son pouvoir de
législation. On reconnut explicitement la liberté
religieuse, surtout pour les Juifs, et l'acte constitutionnel leur
accorda l'égalité avec les Musulmans, en tout ce qui
concerne la vie d'ici-bas.
30) Après quoi, Mohammed fit
de nombreuses sorties, pour tâcher de rallier les tribus
avoisinantes et de conclure avec elles des traités d'alliance et
d'entre aide. Avec leur concours, il décida d'exercer une
pression économique sur les païens de la Mecque, qui
avaient confisqué les biens des Musulmans émigrés
et causé d'innombrables dommages. L'entrave au transit, dans la
région médinoise, des caravanes commerciales de la
Mecque, exaspéra les païens, et une lutte sanglante
s'ensuivit.
31) Au milieu des soucis que causait
la défense des intérêts matériels de la
communauté, l'aspect spirituel ne fut point oublié;
à peine un an après l'émigration à
Médine, fut imposée la discipline spirituelle la plus
rigoureuse: le Jeûne annuel pendant tout le mois de Ramadan
devint obligatoire pour tous les Musulmans adultes, hommes et femmes.
Lutte contre
l'intolérance et l'incroyance
32) Non contents de l'expulsion de
leurs concitoyens Musulmans, les Mecquois envoyèrent aux
Médinois l'ultimatum de retirer toute protection à
Mohammed et à ses compagnons ou de les expulser;
évidemment sans succès. Quelques mois plus tard, en l'an
2 de l'Hégire, ils envoyèrent une puissante armée
contre le Prophète; la rencontre eut lieu à Badr et les
païens, trois fois plus nombreux que le groupe des Musulmans
conduits par le Prophète, furent mis on déroute. Au bout
d'un an de préparatifs, les Mecquois envahirent Médine
pour se venger de la défaite de Badr. L'ennemi était
quatre fois plus nombreux que les Musulmans; après une sanglante
rencontre à Uhud, il se retira et rien ne fut décisif.
Les mercenaires aminés par les païens ne voulaient pas trop
courir de risques.
33) Entre temps, les citoyens Juifs
de Médine commencèrent à donner du souci: à
la victoire de Badr, un de leurs grands chefs, Ka'b ibn al-Achraf,
s'était rendu à la Mecque, pour montrer se
solidarité avec les païens, et pour les Inciter à
une guerre de revanche. Après la bataille d'Uhud, les juifs de
sa tribu formèrent un complot pour assassiner le
Prophète. Ils l'invitèrent à venir chez eux, avec
trois ou quatre de ses compagnons, disant qu'ils étaient tous
disposés à embrasser l'islam Si le Prophète
parvenait à convaincre leurs rabbins lors d'une discussion des
questions religieuses. (Une Arabe, qui s'était mariée
avec un Juif de cette tribu, en tit part secrètement à
son frère à elle, et ainsi le complot ne put pas
être mis à exécution. As-Samhoudi, qui en parie sur
l'autorité des sources classiques, ajoute qu'il y a une autre
version de l'attentat, citée par lbn is'hâq, mais que la
présente version est plus authentique) Malgré cela,
Mohammed se contenta de demander aux membres de cette tribu de quitter
la région Médinoise, en emportant leurs biens, vendant
leurs immeubles et récupérant leurs créances. La
clémence n'eut qu'un effet contraire : à partir de
Khaibar, les expulsés se mirent en con- tact non seulement avec
les Mecquois, mais aussi avec les tribus du Nord, du Sud et de l'Est de
Médine, achetèrent leur aide militaire, et
organisèrent une attaque sur Médine, quatre fois plus
puissante que celle d'Uhud. Les Musulmans se pré-
parèrent pour un siège, creusèrent un fossé
et se défendirent contre l'épreuve la plus dure; mais la
défection des Juifs restés dans la ville bouleversa toute
la stratégie. Un habile diplomate parvint à
désunir les coalisés, qui se retirèrent l'un
après l'autre.
34) Les boissons alcooliques et les
jeux de hasard furent alors déclarés interdits aux
Musulmans.
Réconciliation :

35) Mohammed essaya alors de se
réconcilier avec les Mecquois, et se rendit à Hudaibiyah,
pas très loin de la Mecque La coupure de leur chemin caravanier
du Nord avait ruiné leur économie. Mohammed leur promit
la sécurité du transit, l'extradition de leurs fugitifs
qui se seraient rendus chez lui. et toute autre condition qu'ils
désirèrent. Il accepta même de rentrer à
Médine, sans avoir pu faire le pélerinage de la
Kaâba. Les deux parties contractantes promirent à
Hudaibiyah non seulement la paix, mais aussi la neutralité dans
les conflits avec les tiers.
36) Profitants de la paix, le
Prophète déploya une activité intense pour la
propagation de sa religion: Outre ses efforts dans l'Arabie, il adressa
des lettres missionnaires aux souverains étrangers de Byzance,
de la Perse (l'Iran), de l'Abyssinie et autres. Le prêtre
"autocrator" (le "Dog hâture" des Arabes) de Byzance embrassa
l'islam et fut lynché par la foule; le Préfet de
Ma'ân (Palestine), pour avoir fait la même chose, fut mis
à mort et crucifié par l'empereur. Un ambassadeur
Musulman fut assassiné en Palestine Syrie, et, au lieu de punir
le coupable. l'empereur courut avec ses armées pour le
protéger contre l'expédition punitive envoyée par
le Prophète (bataille de Mu'tah).
37) Les païens de ka Mecque
profitèrent des difficultés des difficultés des
Musulmans et violèrent le traité de la paix. Le
Prophète conduisit lui-même une armée de dix-mille
hommes, et surprit la Mecque qu'il occupa sans coup férir.
Conquérant bienveillant, il rassembla la population de la ville,
lui rappela ses méfaits: Persécution religieuse,
confiscation injustes des biens des réfugiés invasions
répétées, vint-ans d'hostilité
insensée; puis leur posa la question: "Qu'attendez-vous de moi?"
Comme tous baissaient la tête avec honte, Mohammed proclama: "Que Dieu vous pardonne, allez en paix; nulle charge
contre vous aujourd'hui, vous êtes libres" Il
renonça même aux biens que les païens avaient
confisqués aux Musulmans. Cela transforma l'état
psychologique et lorsqu'un chef mecquois s'avança
spontanément vers Mohammed, à la suite de sa
déclaration d'amnistie, pour se convertir à l'Islam,
Mohammed lui dit: "Je te nomme gouverneur de la
Mecque". Sans laisser un seul soldat médinois ou autre,
le Prophète rentra à Médine. L'lslamisation de la
Mecque, achevée en quelques heures, fut complète et
sincère.
38) La ville de Tâïf se
mobilisa alors pour combattre le Prophète; avec quelques
difficultés, l'armée ennemie fut dispersée dans la
vallée de Hunaïn, mais les Musulmans
préférèrent lever le siège de
Tâïf et employer plutôt les moyens pacifiques pour
briser la résistance de cette région. Moins d'un an
après, une délégation de Tâïf se rendit
à Médine pour annoncer son ralliement à l'Islam.
Elle demanda d'abord l'exemption des prières, des taxes, du
service militaire, et aussi l'autorisation de l'adultère, des
boissons alcooliques; elle demanda encore la conservation du temple de
l'idole Lât, à Tâïf. L'islam n'était pas
un mouvement matérialiste immoral; la délégation
eut honte de ses propres demandes concernant les prières,
l'adultère et le vin: le Prophète leur concéda
l'exemption du paiement des taxes et du service militaire, et ajouta:
«Vous n'avez pas besoin de démolir
l'idole de vos mains, nous enverrons des agents d'ici pour s'en
occuper; s'il s'ensuit des malheurs, comme vous le font redouter vos
superstitions, ce sont eux qui les subiront». Ainsi, le
Prophète montrait quelle sorte de concessions on petit
concéder aux convertis de fraîche date. La conversion des
Tâîfites fut si sincère que, quelques mois plus
tard, ils renoncèrent d'eux-mêmes aux exemptions
contractées, comme nous le voyons par la nomination par le
Prophète, d'un collecteur d'impôts chez eux, à
l'instar des autres régions Islamisées.
39) Durant ces dix années de
"guerre", les non-Musulmans avaient perdu sur les champs de bataille,
en tout et pour tout, quelques 250 tués; les Musulmans encore
moins. Incision bénigne, grâce à quoi le continent
de l'Arabie, avec ses millions de kilomètres carrés, fut
guéri de l'abcès de l'immoralité. Dans ces dix ans
de lutte désintéressée, toutes les populations de
la péninsule Arabique et des régions méridionales
de la Palestine et de l'Iraq embrassèrent volontairement
l'Islam; (certains groupes chrétiens, juifs et mages voulurent
conserver leurs croyances, et on leur donna toute liberté de
conscience ainsi que l'autonomie juridique et judiciaire).
40) En l'an 10 H., lorsque Mohammed
se rendit à la Mecque pour le Hajj (pélerinage), il y
rencontra 140.000 autres fidèles, venus de tous les coins de
l'Arable, pour l'accompagner dans le devoir religieux. Il leur adressa
un sermon célèbre, où il résuma tout son
enseignement: "croyance au Dieu unique sans icônes ni autres
symboles; égalité des croyants sans distinction de race
ni de classe, sens autre supériorité qu'individuelle
basée sur la piété; protection de la vie, des
biens et de l'honneur de tous les êtres; abolition du prêt
à Intérêt (même non usuraire), abolition des
vendettas et de la justice privée; meilleur traitement des
femmes, obligation de répartir l'héritage entre les
proches parents des deux sexes, excluant toute possibilité de
cumul dés richesse entre les mains d'un petit nombre:
rôle, conféré au Coran et au comportement du
Prophète, de loi et critère en toute question de la vie
humaine".
41) A son retour à
Médine, il tomba malade et quelques semaines plus tard il eut la
satisfaction, avant de rendre le dernier soupir, d'avoir bien accompli
la tâche à lui confié de faire parvenir au monde le
message divin.
42) Il a légué
à la postérité une religion de monothéisme
pur; il a crée de toutes pièces un état
délivré de l'anarchie du bellum omnium contra omnes; il a
établie une coordination harmonieuse entre le spirituel et le
temporel, entre la mosquée et la citadelle; il a laissé
un nouveau système de droit, qui dispense une justice
impartiale, à laquelle le chef d'Etat lui même est
assujetti au même titre qu'un homme du commun, et où la
tolérance religieuse va si loin que les habitants non Musulmans
du pays Islamique jouissent d'une complète autonomie juridique,
judiciaire et culturelle. Quant aux revenus de l'Etat, le Coran en
avait codifié la gestion: bien loin d'être la
propriété du chef, ils servent avant tout aux pauvres.
Ajoutons, pour finir, que Mohammed fut un parfait pratiquant de son
propre enseignement.
Par:Par le Dr. Mohammed Hamidollah.